De nombreuses analyses ont été présentées dans les médias au cours de ce mois de juillet pour expliquer les performances remarquables de Tadej Pogacar, ainsi que celles d’autres cyclistes dont les résultats suscitent des interrogations en cette année 2026. Je m’engage à examiner ce Tour de France afin de formuler une critique approfondie et un bilan objectif.
Rappel des puissances et record !
L’Alpe d’Huez, une montée mythique du cyclisme, a vu son record de Marco Pantani, qui tenait depuis 30 ans, être battu de plus d’une minute. Avec un temps impressionnant de 35’38 », contre 36’50 » pour Pantani, Tadej Pogacar a démontré une domination sans précédent face aux coureurs les plus controversés de l’histoire du sport, tels que Lance Armstrong, Jan Ullrich, Bjarne Riis et Marco Pantani, tous emblématiques de l’équipe Festina.
Évidemment, de nombreuses personnes se sont empressées de considérer comme acceptable la rupture du record d’une époque où tous les coureurs qui gravissaient l’Alpe d’Huez en moins de 39 minutes recouraient à un dopage très sophistiqué. De nombreux arguments justifiant cette situation sont avancés. Cependant, combien d’entre eux résistent à une analyse rigoureuse et impartiale ?
L’argument de la modernité :
L’argument de la modernité repose sur l’idée que les performances actuelles surpassent nécessairement celles du passé, du fait que les méthodes contemporaines sont plus perfectionnées. Aristote avait déjà discerné cette ambiguïté : il admettait que la médecine, la gymnastique et certaines techniques pouvaient évoluer en renonçant aux pratiques anciennes, mais il rejetait l’idée que toute innovation fût intrinsèquement une amélioration. Le nouveau n’est ni vrai ni meilleur par le seul fait de sa nouveauté, tout comme l’ancien n’est pas juste en raison de son antiquité. Appliquée au cyclisme, la modernité doit être envisagée comme une hypothèse d’analyse, mais ne saurait constituer une preuve définitive. Il est par ailleurs impératif d’identifier chaque progrès, d’en évaluer l’impact et de vérifier si la somme de ces avancées est cohérente avec l’ampleur des performances constatées.
La modernité n’est pas une unité de mesure. Elle ne dispense pas de quantifier les progrès qu’on lui attribue.
Si l’on analyse les conditions des années 80, le matériel aurait permis à Lucho Herrera d’améliorer son temps à 40’40 » plutôt qu’à 41’50 », ce qui représente un gain de 1’10 ». En comparant avec les équipements des années 80. Avec le matériel du début des années 2000, le gain serait d’environ cinquante secondes. En outre, les records de Marco Pantani ont été battus de 1’10 » à 1’30 », tandis que celui de Lance Armstrong a été pulvérisé avec une marge de 2′ à 2’20 ».
Le mythe de l’entraînement moderne et la technologie.
Au début des années 90, l’apparition des cardiofréquencemètres a été perçue comme un tournant, justifiant ainsi les avancées remarquables en matière d’entraînement et de performances sportives. Cependant, plusieurs années plus tard, il a été révélé que ces améliorations étaient principalement dues à un usage généralisé de l’EPO, de l’hormone de croissance et des corticoïdes. Pour étayer l’idée d’une récupération exceptionnelle, certains coureurs ont été vus recourir à l’électrostimulation, une pratique qui s’est avérée n’apporter aucun bénéfice, celle-ci ayant désormais sombré dans l’oubli. De même, pour justifier les performances de Chris Froome, son utilisation d’un pédalier ovale a été mise en avant, bien que cette technologie existe depuis près d’un siècle. Ce type de pédalier a toujours suscité des tentatives de commercialisation sans jamais prouver son efficacité, ce qui conduit inévitablement à sa disparition progressive du marché cycliste.
En outre, les performances n’ont pas évoluées avec les améliorations matérielles, puisque, en 2017, Warren Barguil expliquait qu’il gagnait au sommet de l’Izoard avec 5,9 watts par kg, et qu’il en faudrait désormais 6,8 pour remporter la victoire. Comment, en l’espace de quelques années, le cyclisme a-t-il pu se transformer à ce point ? Warren Barguil est toujours actif sur le circuit, pourquoi ne bénéficie-t-il pas de cette avancée significative des matériaux et de l’augmentation des apports en glucides ?
Les glucides qui font rouler plus vite
En ce qui concerne les glucides, le discours véhiculé par certaines études et une forte dose de marketing suggère de consommer entre 90 et 120 g par heure d’effort. Il est intéressant de noter que certains experts affirment que les glucides jouent un rôle dans les performances observées. Cependant, comment peut-on soutenir que la consommation excessive de sucre permet d’améliorer la vitesse dans le dernier cols ?
Les glucides servent principalement à maintenir la glycolyse active tout au long de la journée ; en aucun cas, ingurgiter de grandes quantités de glucides fera progresser la vitesse de manière significative, et cela ne pourra pas expliquer pourquoi les coureurs gagnent 0,5 watt par kg lors des dernières ascensions de cols. Bien que les glucides soient cruciaux pour maintenir la performance glycolytique, il convient de rappeler que les cyclistes professionnels affichent déjà des performances impressionnantes depuis des décennies. Il suffit d’examiner la différence de temps entre une montée en contre-la-montre en 2004 et celle après 4 ou 5 heures de course en 2001 pour en avoir la preuve. C’est 20 à 30 secondes que perdent les leaders entre une montée sèche et une montée après plusieurs de course.
Les justification par l’expert : Fred Grappe
Le journal l’équipe s’appuie sur les propos de l’expert Frédéric Grappe. Le potentiel de Pogacar en 2019 suscite des interrogations, car sa meilleure performance sur le Tour d’Espagne 2019 se situe à 433 watts sur une durée de 21 minutes (6,5 w/kg). Il est donc peu probable qu’il puisse maintenir 6,7 w/kg, ce qui équivaut à 470 watts pendant 35 minutes. De plus, rien ne permet de soutenir rationnellement l’idée qu’il pourrait un jour surpasser Marco Pantani sur la base de cette performance du Tour d’Espagne 2019.
Rappelons que Pogacar, lorsqu’il tentait de récupérer le maillot jaune, avait monté l’Alpe d’Huez en 39’10 » en 2022. En 2026, il réalise désormais cette ascension en 35’38 », ce qui représente une amélioration de 10 % de sa puissance. Comment peut-on expliquer une telle progression de manière sérieuse, sans avoir recours aux stéréotypes technologiques de la modernité ?
Un dernier argument de l’expert consiste à dire que les conditions optimales étaient réunies pour établir un nouveau record, l’étape étant courte et présentant peu de dénivelé. Toutefois, cet argument est erroné, car en 2004, la montée de l’Alpe était un contre-la-montre et Lance Armstrong a tout de même perdu deux minutes. De plus, l’une des ascensions remarquables de Pantani a été réalisée après une étape de plaine sans difficulté majeure avant l’ascension finale. Enfin, en comparant les temps établis avec ou sans difficultés préalables à l’ascension de l’Alpe, depuis l’ère Pantani, les écarts constatés sont d’environ vingt à trente secondes.
Quid des progrès en matière de dopage ?
Il est comique de voir tous ces experts qui se gardent bien de se poser trop de questions nous parler des gains sur le matériel et la diététique, tout en ignorant complètement que les méthodes de dopage ont également eu leur petit coup de pouce ! Sont-ils en train de vivre dans un monde de Bisounours avec des guirlandes arc-en-ciel ?
Pourquoi Tadej Pogacar continue t’il de progresser alors qu’il est déjà tout en haut de la pyramide ?
Le dopage ne se limite pas simplement à une amélioration rapide des performances ; il constitue également un moyen de transcender le plateau de progression atteint. En effet, une utilisation régulière de substances dopantes sur une période prolongée peut permettre à un athlète de continuer à progresser, alors que la majorité des sportifs atteignent rapidement un plafond de VO2max. Des exemples historiques illustrent ce phénomène, tels que l’évolution de cyclistes comme Richard Virenque, qui, entre 1993 et 1997, a connu une constante progression, ou encore Bjarne Riis, qui, après plusieurs saisons de dopage intensif, a finalement réussi à surpasser Miguel Indurain. Ce dernier a également affiché une progression notable entre 1991 et 1995.
Le dopage perturbe également la hiérarchie dans le sport, car tous les athlètes ne réagissent pas de manière uniforme à un protocole de dopage. Certains montrent une excellente réponse, tandis que d’autres n’en offrent pas. Cela est particulièrement évident avec le dopage sanguin. Si votre hématocrite naturel est de 41 % de globules rouges, votre amélioration sera considérablement plus significative en augmentant ce taux à 48 % plutôt qu’en passant de 45 % à 48 % de manière naturelle.
Qu’en est il des autres concurrents ?
Les puissances de Remco Evenepoël, Isac Del Toro et Paul Seixas sont nettement inférieures de l’ordre de 7 à 10 % dans toutes les ascensions où Pogacar a décidé de faire la course à bloc. Néanmoins, ces coureurs se rapprochent des performances exceptionnellement élevées. Toutefois, par rapport aux modélisations des années 1985 à 1991. Une légère évolution des performances peut être justifiée par l’utilisation fréquente de stages en altitude et de chambres hypoxiques dans le cyclisme professionnel. Ces méthodes favorisant la synthèse endogène d’EPO laissent supposer que les puissances développées auraient pu progresser de 3 à 5 % dans les meilleures conditions. Toutefois, il convient de ne pas se cacher derrière cet argument, car il est également plausible que le dopage y soit lié. Acceptons donc que les normes des années 1985 à 1991, avant la diffusion massive de l’EPO dans le peloton, soient potentiellement dépassées. Mais pour autant cette évolution du niveau de performance n’est pas suffisant et tend globalement à plafonner.
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