L’objectif de cette fiche est de vous proposer des données recalculées ou issues de sources personnelles pour partager le profil de puissance record de Paul Seixas. Nous sommes de plus en plus nombreux à publier des calculs de puissance et à en commenter les valeurs. Mais il nous faut une certaine rigueur et maîtrise des aspects de la performance pour ne pas nous tromper dans nos interprétations. À l’heure actuelle, on peut lire des valeurs exagérées sur les puissances de certaines performances qui ne tiennent pas suffisamment compte des conditions environnementales (abri, masse volumique de l’air, vent). Les valeurs proposées ici ont été étudiées avec la plus grande rigueur possible en tenant compte des incertitudes. Nous avons sélectionné les performances les plus significatives et dont il est possible de recalculer la puissance avec une incertitude faible. Elles permettent de cerner la progression des coureurs et leurs « Profils de Puissance Record » (PPR).

- Mis à jour le 16 mai 2026

Ce que l’on connait de Paul chez les jeunes :

Lorsqu’il était cadet (U16), Paul Seixas brillait déjà, remportant dès sa première année cadet le championnat de France. Il s’agit d’une performance particulièrement intéressante, car Paul s’impose alors que, de toute évidence, il ne présente pas une maturité précoce dans sa croissance biologique. La photo parle d’elle-même. Nous ne sommes même pas sûrs qu’il pèse 50 kg à cet âge-là, alors que pas mal de cadets pèsent déjà plus de 60 kg. Or, l’age biologique à une influence considérable sur la performance dans les catégories jeunes.
En junior, son principal fait d’armes connu est sa victoire lors du championnat du monde CLM en 2024. Mais on n’oublie aussi qu’il gagne Liège-Bastogne-Liège Junior ainsi que la Classique des Alpes, l’une des plus prestigieuses courses internationales en montagne. Bref, un palmarès junior très complet.
Voyons maintenant quelques grandes performances de Paul Seixas depuis la catégorie Cadet.
Le CLM de la Coupe de France Cadet Valberg 2022
Le segment Strava du CLM de Valberg est intéressant, car Paul réalise un temps de 11’01 » sur un CLM en côte. On voit que le KOM Strava est détenu par Lenny Martinez lors de la Mercantour Classic, peut être pas à bloc, mais lors d’une course en peloton. Bref, on voit déjà que Paul réalise des temps qui le font rivaliser avec des grimpeurs professionnels. Le calcul de la puissance est difficile pour ce CLM car il y avait beaucoup de vent défavorable ce jour là.
En revanche, le lendemain, sur la course en circuit Paul Seixas s’échappe au KM 0 et effectue toute la course en solitaire devant les meilleurs cadets de France. Il terminera les 60 km à 34,5 km/h de moyenne avec 1300 m de dénivelé positif, avec environ 4 minutes d’avance sur le peloton. Il est possible de recalculer la puissance moyenne à 258 ± 5 watts, pour une puissance normalisée de 268 ± 5 watts. Soit environ 4,7 watts par kg pendant presque 2 heures (équivalent 328 ± 6 watts / 70 kg). Et pour rendre cela plus difficile, l’altitude moyenne de la course se déroulait à 1500 d’altitude, ce qui affecte sensiblement les performances aérobies Pour vous donner une comparaison, Thibaut Pinot développait à 18 ans, soit avec deux ans de plus que Paul, la même puissance relative. Quatre années plus tard chez les professionnels il développait entre 4,8 et 5 watts/kg pendant 2 heures.
Championnat AURA CLM 2022
Lors du Championnat Auvergne Rhône Alpes Cadet de CLM, Paul a réalisé un effort de 20’36 » avec une puissance de 352 watts ± 9, soit 6,4 watts par kg. (Source personnelle)1. Cette performance le situe déjà dans la cour des cyclistes de plus haut niveau mondial. Cependant, avec ses 55 kg, il lui manque encore de la puissance en valeur brute pour rouler comme un pro. Ce jour-là, il est d’ailleurs battu par Louis Chaleil, qui le devance de 6 secondes en développant 380 watts (6,2 watts / kg). Et oui, en CLM, les watts / kg ne sont pas forcément ce qui compte le plus.
Classique des Alpes Junior 2024
En junior, Paul Seixas termine second de la classique des Alpes lors de sa première année et s’impose la deuxième année en prenant notamment le meilleur temps à Lenny Martinez sur la montée principale, le Mont du Chat. Examinons cette performance.
8,9 km en 26’16 » avec une pente de 7,4% (Alt Moyenne 844 m) : 390 watts ± 5 / 70 kg
Paul aborde l’ascension avec deux autres coureurs en échappée après avoir fait exploser le peloton dans le col précédent. Alors qu’il roule en échappée depuis 35 km, il attaque et s’isole dès le pied de l’ascension du Mont du Chat à un peu plus de 30 km de l’arrivée. Il termine avec 4 minutes d’avance sur le second. Il prend le KOM de l’ascension de 22 secondes sur Lenny Martinez, qui, quelques années plus tôt lors d’une reconnaissance, avait effectué la montée à bloc. En effet, Lenny Martinez semble être monté moins vite pendant la course, qu’il terminera en 3ème position en 2021.
La performance de Paul Seixas est de l’ordre de 5,57 watts/kg pendant 26 minutes. Cette performance est modeste au regard de ce qu’il avait produit en cadet sur un CLM de 20 minutes. Il faut garder à l’esprit qu’il réalise cette performance après 100 km de course, qu’il était déjà échappée avec deux autres coureurs, et qu’il devait encore effectuer 20 km en solitaire ensuite. Il est évident qu’il pouvait monter beaucoup plus vite dans des conditions d’effort plus optimale.
Si l’on examine l’ascension du Col du Tournier, dans lequel Paul a fait exploser le peloton, on s’aperçoit qu’il est en fait monté avec plus d’intensité que dans le Mont du Chat. En effet, dans ce col, il développe 412 ± 8 watts / 70 kg (5,9 ± 0,12 w/kg).
10,07 km en 23’26 » avec une pente de 5,7% (Alt Moyenne 550 m) : 412 watts ± 8 / 70 kg
Lors des 77 km (GPX) pendant lesquels Paul était donc échappé, Paul a roulé pendant 2h11 à 35,2 km/h de moyenne avec 2000 m de dénivelé. Il fut accompagné par 2 coureurs pendant 33 km. On peut faire une estimation de la puissance avec notre simulateur, et l’on trouve que pendant 2h11, Paul a développé 292 watts réels ± 8 pour un poids annoncé de 61 ± 1 kg, soit 4,8 ± 0,1 watts par kg. C’est un tout petit plus que ce qu’il avait réalisé en cadet lors de la coupe de France de Valberg où il avait tenu 4,7 ± 0,1 w/kg pendant 1h43.
76,9 km en 2h11 avec 2050 m de dénivelé, soit 35,2 km/h : 292 ± 8 watts / 61 ± 1 kg, soit 4,8 ± 0,1 w/kg.
Ses débuts chez les professionnels
Le Tour des Alpes 2025
Paul se fait remarquer sur le Tour des Alpes, laissant gagner son coéquipier Nicolas Prodhomme alors que la direction de l’équipe l’avait choisi comme vainqueur. Ce jour-là, il avait intégré l’échappée de la première heure car il ne pouvait plus être un danger pour le classement général. Dans le final, il s’isole avec Nicolas Prodhomme et effectue une très belle montée sur le Stronach, 3,2 km avec 387 m de dénivelé qu’il accomplit en 12’37 », développant une puissance de 434 ± 5 watts / 70 kg, soit 6,2 watts par kg.
La performance est intéressante, car elle est réalisée avec une préfatigue significative puisque, contrairement aux coureurs du peloton, Paul n’a pas été emmené à l’abri, dans un fauteuil, pour reprendre une expression propre au peloton cycliste. Dans de meilleures conditions, c’est-à-dire une arrivée au sommet, emmené par le peloton, Paul Seixas pouvait raisonnablement développer 20 à 30 watts de plus, soit quelques 460 watts (6,5 watts / kg)
Globalement, sur l’ensemble du Tour des Alpes, les occasions pour les coureurs d’exprimer leur pleine puissance sans fatigue préalable restent assez rares. Les parcours ne s’y prêtent pas vraiment : ils sont très usants, avec des côtes relativement courtes qui s’enchaînent rapidement. De plus, en l’absence d’arrivée au sommet, on n’observe pas cette configuration classique où les favoris gardent un peu de réserve pour une ascension finale décisive.
Nous observons malgré tout que Paul rivalise sur cette course avec des coureurs comme Romain Bardet, Thymen Arensman et Giulio Ciccone. Ensuite, on peut constater que le niveau de Paul Seixas en puissance relative, c’est-à-dire en watts par kg, n’est pas beaucoup plus élevé que ces records obtenus en cadet, par exemple.
Le Tour Auvergne Rhône Alpes (Dauphiné Libéré) 2025
Paul se fait connaître plus largement lors de cette épreuve très médiatisée, largement dominé par Tadej Pogacar quelques semaines avant le Tour de France. Regardons quelques KOM, et notamment l’arrivée au sommet de Combloux. Paul détient le 4ème temps sur ce segment à 2’10 » de Tadej Pogacar qui s’est littéralement promené ce jour-là avec une certaine insolence.
On peut recalculer la puissance, et pendant 21’30 » Paul a développé 430 ± 5 watts / 70 kg, soit 6,15 watts / kg. Pendant le même temps, Pogacar développait 488 ± 5 watts / 70 / kg, c’est dire le fossé qui sépare ces deux coureurs.
Le lendemain, dans la montée vers Valmeinier, il va tenir 395 watts ± 5 / 70 kg, soit 5,65 w/kg pendant environ 43 minutes, dans une ambiance thermique difficile (30° pendant toute l’étape) et avec une arrivée à 1800 m qui rend l’effort plus pénible qu’à Combloux par exemple. La performance est remarquable et cohérente avec la précédente.
Le prologue du Tour de l’avenir 2025 : Lien YT
En aout 2025 Paul remporte le Tour de l’avenir à 19 ans. Il remportera le prologue en cote et le CLM final en cote aussi. Paul se pensait affaibli par cette toux récalcitrante, mais ce n’est pas du tout ce qu’on observe sur les deux épreuves CLM. Analysons ses performances :
3,04 km en 7’22 » avec une pente de 7,6% (Alt Moyenne 1700 m) : 490 watts ± 5 / 70 kg
Cet effort de 7 minutes et 20 secondes est intéressant car il s’apparente à un effort à la Puissance Maximale Aérobie. Toutefois, l’effort se produit à 1700 m d’altitude, ce qui rend la performance aérobie moins efficiente de 4 à 7%. Il est donc certains que Paul Seixas aurait développé entre 510 et 525 watt / 70 kg sur un effort en basse altitude, soit 7,2 à 7,5 watts / kg. Cette performance est cohérente avec les datas obtenues pendant 8 ans auprès de 4 équipes cyclistes professionnelles par l’équipe de Valenzuela. En effet, ce chercheur a publié le PPR des meilleurs cyclistes qui se battent pour le classement générale des grand tours. Sur 5 minutes, ces leaders développent 531 watts ± 10 / 70kg. Pour un effort de 5 minutes, Paul serait exactement dans cette fourchette là.
Lors du prologue, le Français Maxime Decomble perd 15″ et termine pourtant 3ème. Cela représente un écart de 20 watts, soit 470 watts / 70 kg pour ce coureur.
Le CLM final du Tour de l’Avenir
9,84 km en 24’14 » avec une pente à 6,9% (Alt moyenne 1500 m) : 441 watts ± 5 / 70 kg
Sur ce CLM, Paul réalise une performance sensiblement inférieure à ce qu’il est capable de réaliser en watt par kg. En effet, il développe 441 watts / 70 kg, pour une puissance réelle de 417 watts ± 5 / 65 kg, soit 6,4 watts / kg pendant 24 minutes, alors qu’en cadet il développait déjà cette puissance relative. Toutefois, l’effort se produit à une altitude moyenne de 1500 m qui impacte de manière significative la puissance d’une bonne dizaine de watts. Paul est probablement capable de produire 455 watts ± 7 pendant 24 minutes à basse altitude.
Si l’on regarde Lorenzo Finn qui termine en 24’52 », à 38 secondes, il développe 428 watts ± 5 / 70 kg et 403 watts en puissances réelle publiée sur Strava pour un poids d’environ 64 kg.
Tour d’Algarve 2026 : Alto Da Foia (lien YT)
8,44 km en 19’41 » avec une pente à 6,4% (Alt moyenne 600 m) : 444 watts ± 5 / 70 kg
Lorsqu’il remporte cette arrivée au sommet, Paul Seixas a bataillé avec Oscar Onley, Juan Ayuso et João Almeida qu’il devance au sprint. Il réalise aussi le meilleur temps de la montée et nous pouvons recalculer avec précision sa puissance pendant 19’41 », puisque Oscar Onley a bien publié sa puissance, soit 409 watts, soit 6,5 watts / kg. Quant à Paul Seixas, il a lui aussi déployé environ 6,5 watts / kg, pour une puissance calculée de 443 ± 5 watts / 70 kg pour un effort d’une vingtaine de minutes.
La côte de St Romain de Lerps sur la Faun Ardèche Classique 2026
6,79 km en 16’18 » avec une pente à 8,5%, (Altitude moyenne 370 m) : 475 watts ± 7 / 70 kg
Paul réalise un temps de 16’18 » identique à celui de Tadej Pogacar, mais dans des conditions sensiblement plus favorable. Il développe donc 475 watts / 70 kg pendant 16′ , soit 6,8 ± 0,1 watts / kg.
Ascension de San Miguel de Aralar : Tour du Pays Basque 2026

Lors de cette ascension Paul s’extrait en solitaire à 6,5 km du sommet et développe pendant 24’50 » une puissance réelle de 432 ± 8 watts, soit 453 watts en puissance standard 70 kg. Il s’agit de sa meilleure performance. Toutefois, cette performance se déroule en moyenne en dessous de 1000 m d’altitude, contrairement au CLM du Tour de l’Avenir ou l’altitude moyenne est de 1500 m. La performance est en réalité similaire à celle du Tour de l’Avenir.
Le Mur de Huy et Côte de la Redoute 2026
Lorsqu’il remporte la Flèche Wallonne Paul Seixas réalise le même temps que le record de Michaël Woods, à savoir 3’04 ». Une très belle performance, mais qui ne surpasse pas d’anciennes performances de manière outrageuse puisque Warren Barguils par exemple dispose d’un record à 3’08 ». Alessandro Valverde avait réalisé 3’07 » en 2021 en développant 519 watts (8,37 w/kg). En outre, cette année une douzaine de coureurs terminent entre 3’04 et 3’18 ». En termes, de puissance, le calcul donne environ 560 ± 15 watts, soit 8,5 w/kg, soit environ 590 ± 15 watts étalon 70 kg pendant 3 minutes. La performance est remarquable, plus délicate à interpréter car la part anaérobie est conséquente sur ce type d’effort.
Quelques jours plus tard, lors de Liège-Bastogne-Liège, Paul Seixas parviendra à suivre Tadej Pogačar dans la côte de la Redoute. Il restera calé dans sa roue, réalisant ainsi avec Pogačar le nouveau record de l’ascension en 3’45 », contre 3’58 » l’année précédente pour Pogačar. En effet, cette année, Pogačar a dû s’employer à 100 % pour tenter de décrocher un Paul Seixas déterminé, là où l’année précédente personne n’avait tenté de le suivre, ce qui explique cette différence de temps significative. En termes de puissance, nous avons calculé que pour 66 kg, Pogačar a développé 572 ± 12 watts, contre 550 ± 12 watts (8,3 w/kg) pour Paul Seixas qui est resté abrité. Si la vitesse moyenne de 24 km/h donne en théorie une économie de 10 à 15 watts en restant derrière un coureur, le fait que la vitesse varie entre 15 et 37 km/h dans l’ascension permet en réalité d’économiser environ 20 watts.

Les performances de Paul sur des efforts de 3 à 4 minutes nous permettent de confirmer son profil de puissance record et l’évaluation de son VO2max associé à sa PMA. En effet, ce type d’effort reste supérieur en termes de puissance à ce que l’on appelle « PMA » (Puissance Maximale Aérobie). Sur ce type d’effort, la part anaérobie peut représenter 15 à 20 % de la fourniture d’énergie selon le profil énergétique des coureurs.
Interprétation du PPR :

Le profil de puissance de Paul Seixas peut être estimé avec une bonne précision au regard de ses performances réalisées au cours de l’année 2025 et ce début de saison 2026. Paul Seixas a déjà dépassé un garçon comme Thibaut Pinot d’une bonne dizaine de watts. Ce dernier était le plus doué de sa génération dans les années 2010 avec une FTP à 5,7 watts/kg (376 watts réel).
Toutefois, soyons objectifs, nous sommes encore loin du niveau de Tadej Pogacar. La FTP de Paul est estimée à 407 ± 5 watts étalon 70 kg (385 watts réel ± 5). Soit environ 25 watts de moins que Tadej Pogacar. Vous avez bien lu, il lui manque environ 25 watts.
Bilan du profil de puissance record : Normal or Not Normal ?

Nous avons soumis les meilleures performances de Paul (CLM du Tour de l’Avenir et côte de St Romain de Lerps, San Miguel de Aralar) à notre détecteur de puissance extra physiologique. Paul apparaît dans la catégorie des coureurs « Étonnant » sur le Tour de l’Avenir et sur la côte de St Romain de Lerps, avec une estimation de son VO2max de 92,3 ml/min/kg ± 2,3.
Ci contre, nous avons testé le CLM du Tour de l’Avenir 2025 qui se déroule à 1500 m d’altitude avec une température optimale de 18°. En tenant compte de ces paramètres environnementaux la modélisation suggère un caractère étonnant.
Cette zone, indique que nous nous trouvons dans la zone des incertitudes de toutes les modélisations de la filière aérobie. Il n’est donc pas possible de se prononcer sur le caractère extra physiologique de ces performances à l’heure actuelle.
Rappel et discussion à propos de la notion de « puissance extraphysiologique«
Le fait de se trouver en dessous d’une puissance cible ne prouve pas l’absence de dopage. En effet, le cycliste modeste ayant recours à un puissant dopage restera toujours en dessous de ce radar visant à mettre en évidence des performances historiquement extra physiologique.
Ensuite, le fait d’atteindre la zone d’incertitude (que nous appelons « Etonnant »), ne permet pas de dire non plus qu’il n’y a pas de dopage, mais pas non plus qu’il y en a. C’est justement la limite de la modélisation qui intègre des incertitudes liées à tout ce que nous ignorons de la physiologie humaine.
Toutefois, au delà d’un certain niveau, les faits historiques nous montrent que 70 à 100% des cyclistes capables d’atteindre ce niveau ont eut recours au dopage. Ce sont les fameuses zones « Hors Norme » et « Mutant« .
Jusqu’à il y a peu, je n’imaginais pas que des cadets puissent disposer d’une telle puissance. J’ai pourtant croisé la route de Rémi Cavagna que j’ai eu l’occasion de tester à la demande de son entraîneur Aurélien Poyet au Pôle Espoir Auvergne. Ce dernier développait déjà 5,8 watt/kg pendant 20 minutes, j’avais été bluffé par un tel niveau. J’ai encadré pendant plusieurs années des cadets juniors capables de monter sur le podium de la Classique des Alpes. Plus tard, j’ai aussi encadré Louis Chaleil lorsque j’animais les sorties des minimes et cadets à Issoire ; ce dernier m’avait encore plus impressionné, dépassant les 6 watts par kg sur 20 minutes. Et je dois bien admettre qu’il est possible de faire encore mieux.
Ce qu’il faut retenir, c’est que la limite des performances extra-physiologiques fixées par certains collègues, comme Antoine Vayer, dans la fourchette de 410 à 430 watts (5,85 à 6,1 watts/kg) pendant 30 minutes en fin d’étape pourrait ne pas être suffisante. Frédéric Grappe, dans un de ses livres, évoque aussi une zone similaire suspicieuse. En effet, il a calculé les puissances atteintes de cyclistes ayant eut recours au dopage entre 2004 et 2008. Les puissances atteintes pour un effort de 35 minutes étaient comprises entre 5,92 watts / kg et 6,15 watts / kg. A la différence du modèle d’Antoine Vayer, Frédéric Grappe tient compte de la différence de corpulence. En effet, les cyclistes de 60 kg dopé atteignaient 6,15 watts / kg, tandis que ceux pesant 74 km atteignaient 5,92 watts / kg pendant 35 minutes. Ce qui donnerait un seuil à 425 watts ± 5 / 70 kg pendant 35 minutes.
Notons que dans le cas d’Antoine Vayer et Frédéric Grappe, il n’est pas fait mention de l’impact de l’altitude et de l’ambiance thermique pour déterminer ce seuil de puissance étonnante. En effet, fixer un seuil de puissance est une mission délicate si l’on n’accepte pas de faire glisser celui ci en fonction des conditions environnementales. Les seuils fixés par ces auteurs correspondent la plupart du temps à des ascensions dont l’altitude moyenne est de l’ordre de 1000 à 1200 m.
En outre, les limites physiologiques ont pu être sensiblement bousculées par l’arrivée des stages en altitude et des chambres hypoxiques qui se généralisent dans le peloton cycliste. Ce phénomène est récent et s’est accéléré à une période pendant laquelle on observe un recul des puissances après l’ère Armstrong à partir des années 2010.
Paul, avec ses 427 ± 6 w / 70 kg / 40′ et 437 ± 7 w / 70 kg / 30′ se trouve à la frontière de cette zone, alors que tous les éléments que nous avons pu collecter plaident en sa faveur comme un authentique surdoué.
Pousser vers la transparence :
Peu de cyclistes professionnels publient leurs données de puissance, et plus rares encore sont ceux qui communiquent des informations de base telles que leur poids, leur fréquence cardiaque de repos et leur fréquence cardiaque maximale, sans parler de paramètres comme l’hématocrite ou la VO₂max. Pourtant, ceux qui acceptent de le faire contribuent à renforcer leur crédibilité dans un sport historiquement marqué par le dopage. Il me semble donc essentiel que Paul, au regard de son statut, accepte lui aussi cette transparence. Sans cela, ce n’est pas seulement sa propre crédibilité qui restera exposée au soupçon, mais plus largement celle de l’ensemble du cyclisme professionnel. Il relève de la responsabilité des athlètes de haut niveau de contribuer à rendre leur sport plus crédible.
A ce jour, Paul n’a toujours rien publié, ni puissance, ni VO2max, ni fréquence cardiaque. Il reste aussi un point que j’aimerais approfondir, et pour lequel je n’ai pas assez d’éléments. Cela concerne l’évolution rapide de sa morphologie entre la saison 2024 et 2025 ou il prend 5 à 6 kg. En effet, lors de la saison 2024 Paul dit peser 59 kg le 21 mai 2024. Le 9 décembre 2024 lors d’une interview il explique peser 62 kg, et faire un peu de musculation. Quelques mois plus tard, il pèse 65 kg. Une prise de masse musculaire naturelle est fréquente à 18 – 19 ans, toutefois nous ne savons pas en combien de temps cela s’est produit et avec quel protocole (musculation + acides aminés….). On se doute qu’il y a eut de la musculation, avec des stratégies nutritionnelles protéinées car il est difficile, mais pas impossible, de prendre 6 kg de masse musculaire en une saison.
Avis personnel
Mon avis ne vaut pas valeur de preuve. C’est ce que je crois, fort de mon expérience, de mes connaissances des limites de la performance humaine, de mes analyses et recherches. Mon avis ne constitue pas non plus un propos à l’emporte-pièce, mais bien une réflexion longue issue de ce que je viens d’évoquer.
Même s’il réalise des performances qui sont actuellement du niveau de Christopher Froome lors de la montée de la Pierre Saint Martin en 2015, j’ai plutôt tendance à admettre que Paul Seixas est un cycliste exceptionnellement doué comme on en rencontre rarement. A ce jour, je ne crois pas qu’il soit un coureur dont les performances sont artificiellement gonflées depuis qu’il est cadet. En effet, ses puissances développées chez les cadets et juniors plaident en faveur d’une authentique exception. D’ailleurs, ses records de puissance relative sont stables depuis plusieurs années. Si j’ai raison, Paul ne pourra plus vraiment progresser en termes de puissance relative en watts/kg. Il pourra progresser en termes d’expérience, d’endurance, de récupération, de gestion de l’effort et de la pression. Et cela peut suffire à lui ouvrir l’accès aux plus hautes marches du podium d’un grand Tour, à condition qu’il ne croise pas d’autres coureurs comme Tadej Pogacar.
Un seul autre cycliste me laisse cette impression, il s’agit de Remco Evenepoel. Ce dernier comme Paul avait des valeurs de puissances démentielles en juniors, et s’est imposé à 19 ans sur la Classica San Sébastien. Mais depuis, il est évident qu’il a très peu progressé, car son niveau de VO2max et puissance était déjà aux limites de la physiologie humaine. Paul me semble être dans le même cas, il s’entraine presque comme un pro depuis qu’il est cadet, il dispose d’un haut potentiel aérobie depuis plusieurs années.
Si aujourd’hui Paul développe des puissances qui se heurtent aux limites de la physiologie humaine, c’est aussi parce que ses meilleurs efforts sont produits dans une ambiance thermique favorable (10 à 22°) et à des altitudes inférieures à 1000 m (Saint Romain de Lerps, San Miguel, Alto des Foïa). Le jour où il développera les mêmes puissances par 30° à 1500 m d’altitude, il aura franchi la limite de la physiologie humaine.
Déclaration de conflit d’intérêt
Mon propos n’est absolument pas chauvin, comme je peux parfois le lire dans des commentaires ; je tente d’analyser objectivement les faits, et je déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt, n’avoir non plus aucune relation amicale avec Paul Seixas, que je n’ai tout simplement jamais rencontré. Et croyez-moi, je ne suis pas du genre à me taire si je trouve des choses suspicieuses, même chez un Français. Je n’avais pas hésité à écrire mes doutes sur certaines performances soudainement étonnantes de Thomas Voeckler capable de tenir tête à l’équipe Sky en 2012 lors d’une étape Pyrénéenne fantastique.
Notes
Comment s’y retrouver dans les puissances affichées ?
Entre les puissances en watts par kilogramme, les puissances standardisées sur 70 kg et les puissances réelles, il y a des éléments non intuitifs qui peuvent être mal compris. Voici donc un exemple :
Si un coureur de 60 kg développe 400 watts dans une côte, cela donne 400 / 60 = 6,67 w/kg. Toutefois, un coureur de 70 kg qui monte la même ascension à la même vitesse développera environ 455 watts, soit 6,5 w/kg. Nous aurions pu nous attendre à ce que ce dernier développe 6,67 x 70 = 467 watts ! Comment est-ce possible qu’il ne lui faille que 455 watts ? C’est simple, la relation entre le nombre de watts nécessaires pour monter la côte à une vitesse donnée n’est pas exactement proportionnelle à la masse. La gravité n’est pas le seul critère qui conditionne le résultat.
Cette nuance génère des lectures compliquées des puissances publiées. En effet, il est tentant de convertir les watts des coureurs légers en utilisant une relation proportionnelle en faisant un simple produit en croix. Ainsi, on affiche 467 watts au lieu de 455. Mais cela n’est pas ce qu’il y a de plus juste d’un point de vue scientifique, car il y a une relation inverse entre le VO2max relatif et la masse des cyclistes, si bien qu’il est normal qu’un petit gabarit de 60 kg dispose d’un VO2max relatif rapporté au poids légèrement supérieur à celui d’un athlète de 70 kg.
Il n’est pas judicieux de calculer la puissance réelle pour un poids de 60 kg pour ensuite la convertir à l’aide d’un simple produit en croix, en une « puissance / 70 kg ». La standardisation des performances implique de calculer la puissance théorique en considérant dès le départ que notre cycliste pèse un poids standard de 70 kg.
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