Remise en ligne d’un article de 2012 : ce dernier avait disparue de la toile, mais j’ai pu le récupérer dans les archives du web. Il illustre entre autre la recherche d’objectivité et l’absence de chauvinisme dont on pourrait soupçonner les observateurs français critiquant l’ogre Pogacar.
Ah qu’il est beau le nouvel idole et chouchou des journalistes, qu’il parle bien, bref, le voilà le remplaçant de Laurent Jalabert et Richard Virenque, celui qu’on nous présente comme le champion, ce grand monsieur, dirait Thierry Adam.

« Pas un pet de gras !!! Ca va gicler dans les bosses ! »
Oui, il faut admettre que Thomas Voeckler roule moins vite que Richard Virenque, Laurent Brochard, Laurent Dufaux, Didier Rous ou Alex Zulle… qui en 1998 carburait tous à l’EPO. Pas de doute là-dessus. Voilà qui est rassurant pour les espoirs qui rejoignent le rang des professionnels. Il m’apparaît possible d’être un authentique professionnel, mais jusqu’à quel niveau peut-on se hisser ?
Je suis convaincu que le cyclisme évolue dans le bon sens depuis 2011. Des coureurs comme Thibault Pinot et Jean-Christophe Peraud donnent de vrais gages d’intégrité. JC Peraud travaille avec un ami entraineur, Mickael Bouget, depuis de nombreuses années et ce dernier connaît bien le niveau de son poulain (voir interview ici). Cela fait un moment que je n’ai pas vu Mickaël, mais s’il me lit, je lui passe le bonjour.
Et si l’on ouvrait le capot de Thomas pour voir ce qu’il y a dans le moteur du nouveau chouchou. Hier, à partir du km 115, Thomas Voeckler a fait un exploit car il a fait péter le groupe de 38 coureurs dans le Tourmalet, réalisant les 5 derniers kilomètres en 16’15 pour un dénivelé de 454 m d’après Open Runner et Altigraph. Ce qui donne une puissance de 364 watts pour un gaillard de 63 – 64 kilos. En évoluant à cette puissance entre 1600 et 2100 m d’altitude, la performance me laisse rêveur, car en basse altitude, les 400 watts étaient envisageables pour un coureur de 63 kilos dans les 5 derniers km d’un col qui dure presque une heure à gravir.
Pour vérifier les puissances estimées, nous pouvons nous appuyer sur la publication de la puissance de Brice Feillu (1m87 – 67 kilos). Il développa 290 watts de puissance moyenne brute (302 watts/70 kg) pendant 5h45, avala 4653 m de dénivelé, brula 6022 kilocalories… les connaisseurs apprécieront. Lors de l’ascension du Tourmalet, Brice Feillu monta les 7 derniers kilomètres avec Thomas Voeckler à 375 watt pendant 21’39 » (391 watt étalon 70 kg) à une altitude moyenne de 1700 m. Cette puissance peut sembler modeste, mais elle est produite alors que l’ascension du Tourmalet a déjà commencé depuis une trentaine de minutes à environ 360 watts. Mais surtout, il faut encore enchainer avec le col d’Aspin et le Peyresourde avant de rejoindre l’arrivée.


Médecine du Sport page 42, Hugues Monod, Pierre Rochcongar – 2009 – 487 pages
Ce jour là, Thomas Voeckler fut capable d’enchainer en « puissance étalon 70 kg » 4 cols à environ 340 ± 5 watts, 370 ± 5 watts, 373 ± 5 et 390 ± 5 watts pour terminer. Le tout avec une puissance moyenne de l’ordre de 310 ± 10 watts brute (323 watts/70 kg) pendant 5h35 d’effort (4,6 ± 0,1 w/kg). Il n’est pas possible de flasher notre champion au jeu des puissances dans une montée maximale en fin d’étape, car il s’agit ce jour là d’un effort au long court, qui reste pour le moins étonnant.
Si l’on regarde bien le final d’étape, Voeckler et Feillu, puis Voeckler tout seul, ont tenu tête à l’équipe SKY et Liquigas réunies. Il faut le faire, non ? Hier, Voeckler a certainement produit plus de watts que Froome, Nibali, Wiggins dans les 70 derniers kilomètres de l’étape. Entre le pied du Tourmalet et l’arrivée, le peloton emmené par l’équipe Sky puis Liquigas n’a rien repris à Voeckler qui termine l’étape en trombe. Pourtant, derrière, l’équipe SKY assurait le train, puis les équipiers de Nibali ont durci la course, puis Nibali attaque, faisant exploser tout le monde sauf Froome et Wiggins. Eh bien, tout ce petit monde n’a pas pu reprendre de terrain à Thomas Voeckler qui se savait talonné par ses anciens compagnons d’échappée, tel qu’un certain Vinokourov. Chapeau, énorme !!!
C’est cette prouesse au long cours qui m’interpelle. Brice Feillu, qui n’assurait déjà pas l’essentiel de l’effort dans ses relais, perd 4 minutes dans le final, là où Thomas Voeckler ne semble pas faiblir du tout, malgré ses grimaces et ses coups de pédale heurtés qui frôlent la caricature. Thomas est intelligent, assez pour ne pas se faire prendre au jeu des puissances dans une montée sèche, assez intelligent pour ne pas pédaler sans rictus de souffrance ; il sait que le public non spécialiste adore cela.
L’étape est bouclée en 5h35 à 35 de moyenne, là ou les premiers cyclo-sportifs qui sont en fait des coureurs de 1ere catégorie amateur ont mi 6h44. (météo pourri j’en conviens), mais par exemple Loic Herbreteau (ancien champion de France FFC déchu) termine l’EDT en 6h48 à 30 de moyenne. Allez hop là, 5 km/h dans les carreaux. (1)
Ce jour là, il y avait un petit quelque choses qui m’empêchait d’y croire !
A propos du dopage par Thomas Voecker
Y a pas à dire il est fort Voeckler, quand même ! N’était il pas un peu trop fort hier quand même ? Que pense t’il du dopage ? J’ai commenté en bleu.
Lance Armstrong voit ses soucis réveillés par l’agence américaine. Est-ce que vous êtes favorable à ce que l’on vire le septuple vainqueur des tablettes du Tour à la lumière des derniers éléments ?
Non. Je préfère que l’on utilise l’argent pour lutter vraiment contre le dopage aujourd’hui, pas pour s’occuper du passé. Ça ne sert à rien. Tout n’est certainement pas tout rose dans le cyclisme d’aujourd’hui, mais je crois que tout va de mieux en mieux. (C’est vrai, ça roule moins vite) Continuons, et ne nous occupons pas de ce qui est arrivé hier… (au contraire, l’histoire est le socle des habitudes sportives ; en faire abstraction est une erreur. Combien d’anciens dopés sont devenus DS, managers d’équipes pros ???). Moi, je suis coureur de maintenant et c’est tout ce qui m’intéresse.
C’est du passé, oui, mais pas très ancien. Vous avez quand même souvent croisé le fer avec lui…
Si je devais m’interroger sur tous les gens qui m’ont battu, savoir si c’était juste ou pas… (et les autres peuvent t’il se poser de question quand vous les battez, ou il est préférable qu’il ne fasse pas marcher leur méninge ?) Je n’ai vraiment pas envie de me prendre la tête avec ça. (2)
Vous vous rendez compte qu’un gars qui, du 12 au 25 juin, aura dû se passer de vélo à cause d’un genou douloureux. Il reprend l’entraînement 6 jours avant le début du Tour, alors qu’il n’a pas fait de course depuis 3 semaines, lui, le coureur qui avait besoin de beaucoup courir, nous disait-on dans tous les magazines de vélo. Les mauvaises langues diraient que c’était de l’intox, une façon de se tenir loin des compétitions pendant une période de positivité élevée au contrôle antidopage… je m’en garde, je n’ai pas d’éléments pour broder là-dessus, mais ce genre de stratégie existe bien évidemment dans le sport.
Si vous doutez de l’intégrité de Wiggins, Froome ou Nibali…. attention, Voeckler a montré qu’il pouvait être plus fort hier. Tient au fait, rappelons que fin juin on apprend par la presse que l’équipe Europcar est « soupçonné » d’usage de produit illicite lors du tour 2011. (3, 4). Il s’agit visiblement d’une affaire remontant à aout 2011 mais qui n’a pas vraiment avancée. Faute de preuves, l’affaire est classée sans suite, mais ne dit on pas qu’il n’y a pas de fumée sans feu ? Nous ne saurons peut être jamais !
Selon diverses sources proches de l’enquête, il y aurait bien eu des injections chez Europcar sur le Tour de France 2011. Mais semble-t-il des injections vitamine B. (Ouf nous sommes tranquille !)
Le dossier que détient Dominique Pérard comporterait également des suspicions d’usage de corticoïdes. Mais l’AMA autorise les corticoïdes en compétition pourvu qu’ils n’aient pas été administrés par voie orale, intraveineuse, intramusculaire ou rectale. Dans ce cas, les coureurs ont peut être utilisé une pommade de type corticoidale et personne ne pourrait à voir à y redire. (Directmatin le 18 juin 2012)
Parenthèse à propos de la cortisone :
J’attends toujours que l’on m’explique comment on fait pour différencier l’administration de corticoïdes en pommade de ceux en pilule ou en injection. Nulle part il n’est expliqué comment il est possible de faire la distinction sur de nombreuses préparations pharmaceutiques dont le mode d’administration change.
Lors de mes études, nous avions un professeur d’endocrinologie qui nous expliquait que les personnes sous cortisone artificielle présentaient un effondrement de la synthèse de cortisone produite par les glandes surrénales. En conséquence de quoi, sans les médicaments, les valeurs de cortisolsémie étaient effondrées dangereusement. Sans les glandes surrénales, qui font la taille d’un petit pois, c’est la mort, nous rappelait-il. La cortisone est un médicament qui rend inopérantes les glandes surrénales. Pour lui, un sportif dont le cortisol était effondré témoignait de son utilisation abusive de cortisone. Tiens au fait, n’est-ce pas Antony Charteau (Europcar) qui fut arrêté lors de la 4ème étape des 4 jours de Dunkerque pour cortisolsémie effondrée ? (5) La veille, le DS Jean René Bernaudeau annonçait que l’abandon était dû à des douleurs aux genoux… quel farceur ce Jean René !
Au fait, à quoi sert la cortisone ? Eh bien, c’est une hormone du stress, un peu comme l’adrénaline, vous savez, cette hormone qui vous fait battre le cœur, qui vous donne un coup de chaud, une force décuplée. Eh bien, les corticoïdes sont une hormone du « stress long », c’est-à-dire qu’elle n’agit pas comme un booster du genre adrénaline, mais comme une hormone qui vous maintient en état de stress. Ce qui se traduit par un blocage de l’immunité, une mobilisation accrue du glucose et des lipides pour répondre à la demande d’énergie, mais aussi un blocage des processus inflammatoires qui bloqueraient la capacité de performance. Bref, la cortisone a une fonction pour faciliter la mobilisation des ressources énergétiques, y compris celles qui sont les plus dures à aller chercher (lipides sous-cutanés, acides aminés pour les transformer en glucose). C’est évidemment un médicament dont l’usage est très dangereux pour la santé, il favorise l’ostéoporose (fracture facile), l’assèchement des glandes surrénales (risque de complication médicale, mort), bloque le système immunitaire (infections à répétition).
La preuve par 21 par Antoine Vayer
L’année suivante, sort en juin 2013 le magazine : la preuve par 21 dans lequel un article est consacré à Thomas Voeckler. Antoine Vayer émet lui aussi des interrogations quant aux performances étonnantes de Thomas Voeckler lors de l’été 2012.

Conclusion
« On nous aurait menti… » ce ne serait pas la première fois ? Et si l’on ne nous mentait pas que dans le sport, au fait… car il s’en raconte des mensonges à la télé…
Allez Thomas, pour le moment on n’en sait rien, on aimerait bien vivre dans le meilleur des mondes, mais fais attention quand même à ne pas glisser sur une peau de banane car si tu dégringoles, on va tous en prendre pour notre grade, qu’on soit simple cyclo ou coureur amateur, il n’y a que ceux qui vont chercher le pain qui vont échapper à la théorie du tous dopés…
(1) : http://www.asochallenge.com/fr/etape-du-tour-2012-acte2_classement.html
(2) http://ti-voeckler.skyrock.com/2.html
(4) http://www.directmatin.fr/article/43958
(5) http://www.cyclisme-dopage.com/actualite/2012-05-10-lequipe-fr.htm
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