L’étonnante performance du champion du monde Evenepoël à Kigali !

Recalibrage du calcul de la puissance de Remco Evenepoel lors des Championnats du Monde du contre-la-montre

Dans le cadre d’une précédente vidéo et d’un article analysant les performances atypiques de Tadej Pogačar lors des Championnats du Monde qui se sont déroulés à Kigali, j’avais présenté une estimation rapide de la puissance développée par Remco Evenepoel lors de son contre-la-montre victorieux, qui lui valut le titre mondial.

Cette première modélisation avait principalement pour objectif d’illustrer les capacités de notre outil de calcul, développé avec le regard affuté avec mon ami Nicolas, ingénieur de formation, et avec le soutien de notre assistant informatique (AI). Cependant, ces estimations initiales comportaient une incertitude non négligeable, notamment en raison d’une surestimation probable du coefficient aérodynamique SCx (coefficient aérodynamique) de Remco Evenepoel.

Après relecture critique, Nicolas m’a justement signalé que le SCx retenu (0,22) était sans doute excessif au vu de la morphologie et de la position remarquablement optimisée du coureur belge. Compte tenu de son gabarit (1m70 pour 61 kg) et de sa posture très aérodynamique, une valeur plus réaliste de SCx se situerait autour de 0,17.

En conséquence, nous proposons ici une nouvelle simulation affinée et plus rigoureuse de la puissance estimée de Remco Evenepoel lors de ce contre-la-montre, en tenant compte d’un SCx ajusté et des paramètres physiques validés dans la littérature scientifique.

Méthode :

À partir de la trace GPS du parcours, nous procédons à une segmentation du tracé en fonction de la pente. Les portions sont classées comme plates (pente comprise entre −0,5 % et +0,5 %), montantes (pente > 0,5 %) ou descendantes (pente < −0,5 %). Cette segmentation permet d’appliquer un calcul différencié de la puissance sur chaque segment, en fonction des conditions topographiques et aérodynamiques.

Un coefficient de traînée aérodynamique (SCx) spécifique est attribué à chaque type de segment. En côte, les cyclistes adoptant une position moins aérodynamique (mains sur les cocottes ou en danseuse) présentent un SCx accru par rapport à une position CLM sur terrain plat. Toutefois, nous considérons que les pentes inférieures à 3 % permettent généralement aux cyclistes professionnels de conserver une position aérodynamique proche de celle utilisée en terrain plat, ce qui justifie l’utilisation d’un SCx équivalent. Dans le cas de Remco, nous avons testé avec une pente à 4 %.

La répartition de l’effort est modélisée en tenant compte des variations d’intensité selon la pente : les portions montantes induisent une augmentation de la puissance développée, tandis que les descentes entraînent une baisse relative. Ainsi, la puissance instantanée est ajustée dans une fourchette allant de 110 % à 70 % de la puissance moyenne (approximée ici par la FTP).

Nous intégrons également une estimation des pertes d’énergie liées aux phases de freinage, évaluées à 10 kJ sur l’ensemble du parcours. Enfin, la masse volumique de l’air (fonction de la température, de la pression et de l’humidité) ainsi que la masse totale du système coureur + vélo sont prises en compte dans l’équation générale de la puissance.

Calcul des incertitudes

Dans le calcul final, nous évaluons l’incertitude en donnant à chaque paramètre une tolérance d’erreur en %. Cela peut aller de 0,5 % pour le rendement du vélo à 100 % pour la quantité d’énergie perdue au freinage. Pour le SCx, nous évaluons à ± 7 % nos estimations et 10 % pour le Crr (coefficient de roulement). Pour la masse totale et la masse volumique de l’air, une incertitude de 1 % est prise en compte. Enfin, les variations de puissance que nous avons paramétrées entre 70 et 110 % peuvent présenter 5 % d’incertitude. Toutefois, compte tenu du grand nombre de paramètres, l’incertitude de calcul final est de l’ordre de ± 10 watts, ce qui est très correct (soit moins de 3%)

Validation pratique

Afin de vérifier la validité de notre programme nous avons recalculé les puissances de plusieurs coureurs qui ont publiés sur STRAVA leur puissance sur ce même CLM. Il s’agit de Bruno Armirail et Rein Taaramae. Nos calculs donnent des résultats très proches des puissances mesurées avec une différence de quelques watts seulement. (378 contre 384 pour Bruno Armirail et 341 contre 342 pour Rein Taaramae).

Résultat du calcul pour Remco Evenepoël.

Le résultat final est une puissance de 353 watts bruts ± 10 watts pour Remco Evenepoël, soit 5,78 ± 0,16 watts / kg, sur une durée d’effort de 50 minutes. Nous avons également calculé la puissance normalisée à 368 watts. En puissance étalonnée pour un cycliste standard de 70 kg, cela donne donc 405 watts bruts ± 10 watts et 422 watts normalisés ± 10 . Ces performances semblent raisonnables si l’on ne tient pas compte des conditions environnementales de l’effort (Altitude et ambiance thermique). Examinons plus en détail cette performance.

Cette performance est elle douteuse ?

Nous avons développé un outil de détection de puissance extraphysiologique qui tient compte de la durée de l’effort, de la température, de l’altitude et du rendement de l’effort. En effet, 6 watts par kg pendant 30 minutes au niveau de la mer ne sont pas comparables à un effort de 5,8 watts par kg pendant 50 minutes à 1500 m d’altitude. À partir des performances et VO2max records de l’histoire humaine et de l’apparition progressive de méthode de dopage de plus en plus puissante, nous avons pu développer un programme pour détecter les puissances historiques qui n’ont été possibles qu’avec le recours au dopage.

En clair, toutes les performances records passées furent réalisées par des coureurs qui ont avoué leurs pratiques dopantes ou qui se sont fait prendre pour dopage massif. Si un coureur réalise des performances dont la puissance se trouve dans cette zone rouge, alors on parle de puissance extraphysiologique, car elle renvoient à des valeurs dont à ce jour nous n’avons pas la preuve qu’elles puissent être naturellement atteignables.

Est-ce le cas pour Remco Evenepoël ?

La performance est plutôt à classer dans la zone orange, c’est-à-dire que nous avons trop d’incertitude pour affirmer que la performance est extraphysiologique. Disons que cette performance est étonnante et qu’elle flirte avec la zone rouge !

On sait qu’en juin 2025 dans la montée de Valmeinier, Remco avait développé 5,9 watts par kg pendant environ 42 minutes. Cette performances est similaire à cette réalisée lors du CLM de Kigali.

Toutefois, l’outil que j’ai initialement développé est conçu pour tenir compte de la chaleur à des vitesses faibles de l’ordre d’une vingtaine de km/h. Or le CLM de Kigali s’est couru à 48 km/h de moyenne. Cette différence de vitesse est significative en termes d’impact sur le refroidissement du corps à l’effort. C’est probablement cela qui explique que l’on flirte avec la ligne rouge. Je prévois d’améliorer le détecteur de puissance extra physiologique prochainement pour tenir compte de ce phénomène.

Il convient de préciser que notre détecteur de puissance extraphysiologique ne peut pas déceler des puissances de coureurs modestes ayant recours au dopage. La méthode détecte des puissances qui rivalisent avec des coureurs faisant partie de l’élite mondiale et dont nous avons la certitude qu’ils étaient dopés.

Qu’en est il de la prestation de Pogacar sur ce CLM ?

Pogacar fut rattrapé par Remco Evenepoël pourtant partis plus de 2 minutes après lui. Il perdra 2’37 » sur ce CLM et ne terminera que 4ème. Une contre performance étonnante.

Tadej Pogacar est un peu plus lourd (64 kg ± 1), un peu plus grand (1m76) et nettement moins bien posé sur son vélo pour rivaliser en aérodynamisme. On supposant que son SCx soit de 0,2 sur terrain plat, ce qui est déjà excellent, nous obtenons une puissance identique de 353 watts bruts ± 10. Toutefois, cela ne fait que 5,5 watt par kg.

Que s’est il passé ? Ou était passé le Tadej Pocagar capable de développer 6,4 watts/kg pendant 40 minutes dans la montée du plateau de Beille en 2024 ou dans la montée de Valmenier en 2025, ainsi que dans la montée d’Hautacam ? Ce jour là, même s’il est moins aérodynamique Pogacar à développé 14% de puissance en moins que ce qu’on lui connaissait sur les deux derniers Tour de France. On peut estimer que l’altitude à jouer un rôle pour quelques %, mais certainement pas pour 14 %.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’aérodynamisme joue un rôle crucial dans les CLM, et l’on peut le calculer avec notre programme. A Kigali, sur ce parcours difficile, un cycliste développant 330 watts gagnerait 1 minute et 20 secondes en passant d’un SCx de 0,25 à 0,22. Il gagnerait même plus de 4 minutes avec un SCx de 0,17.

Pour conclure

Tadej Pogacar a réalisé une très grosse contre-performance lors du CLM à Kigali. On peut affirmer qu’il n’était pas du tout au niveau qu’on lui connaissait quelques semaines auparavant. En revanche, 7 jours plus tard, il était de nouveau capable de développer des puissances sans communes mesures avec sa prestation lors du CLM.

Quant à Remco, il a réalisé une performance exceptionnelle que l’on peut considérer comme étant proche de la zone rouge. L’incertitude de calcul et de nos modélisations physiologique nous empêche de trancher et de dire si la performance est extra physiologique ou pas, il s’agit d’une performance étonnante qui mériterait d’être approfondie en disposant de la puissance réelle et du SCx réel. En effet, à 10 ou 15 watts près, nous basculons dans une zone d’effort que la physiologie humaine ne connaît pas sans ergogène pharmaceutique. Ainsi à ce jour, je n’ai pas identifié de performance que l’on peut qualifier d’extra physiologique humaine chez le cycliste Remco Evenepoel. Cela ne constitue pas non plus une preuve d’absence d’assistance ergogénique. Affaire à suivre !


En savoir plus sur Velo2max.com, de retour sur la toile !

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Velo2max.com, de retour sur la toile !

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture