Paul Seixas à t’il fait jeu égal avec Pogacar sur la Faun-Ardèche Classique ?

Ce week-end, Paul Seixas, pour sa deuxième saison chez les professionnels et sa deuxième année Espoir (celle de ses 20 ans), a livré une prestation remarquable lors de la Faun Ardèche Classique qu’il a remporté. Sur les réseaux sociaux et dans la presse l’emballement est immédiat : Pierre Rolland évoque du « jamais vu », et beaucoup y voient déjà un rival potentiel de Tadej Pogacar. Les estimations de puissances s’enflamment, publiant parfois des résultats loufoques avec 7,46 watt/kg pendant 16 minutes. Nous allons le voir, la réalité est plutôt de l’ordre de 6,8 ± 0,1 watts/kg.

Il faut évidemment saluer sa montée de la côte de Saint-Romain-de-Lerps : il signe le même temps (16’18’’) que Pogacar lors du championnat d’Europe. Cela implique-t-il une puissance identique ? En première approximation, oui : à parcours égal, une performance similaire suggère un niveau de puissance du même ordre. Mais il faut vérifier si le contexte est comparable. Or, trois coureurs basculent à seulement 37 secondes (Lenny Martinez, Jan Christen, Matteo Jorgenson), ce qui traduit un groupement plus serré que ce que l’on observe habituellement quand Pogacar réalise une montée « référence ». L’an dernier, des profils de ce niveau perdaient souvent davantage. On se souvient d’ailleurs qu’en 2025, Seixas, Evenepoël, Ayuso et Scaroni avaient concédé 35 secondes à Pogacar sur cette ascension ; un quatuor globalement plus solide que le trio Martinez–Christen–Jorgenson. Ce resserrement des écarts suggère donc des conditions potentiellement plus favorables ce week-end.

Un facteur plausible est le vent, qui peut modifier sensiblement la résistance aérodynamique effective sur certaines portions. En octobre, le flux venait du Nord, alors que le 28 février il venait du Sud. Une inversion de ce type peut suffire à produire un gain de l’ordre de quelques dizaines de secondes sur une montée à ces vitesses, ce qui correspond typiquement à une économie d’environ 10 à 15 watts selon la configuration du parcours.

On peut aussi discuter l’effet d’un isolement plus précoce de Pogacar : il prend les devants plus tôt que Seixas, d’environ 300 m, tandis que Seixas a ensuite pu évoluer avec Jorgenson dans la roue sur une partie notable de l’ascension. Rouler à proximité d’un autre coureur peut réduire légèrement la traînée, avantage dont Pogacar n’a pas bénéficié. Mais à ~25 km/h, l’ordre de grandeur reste faible (environ 1 à 2 watts) : ce n’est donc pas un paramètre déterminant ici.

Condition Pogacar 2025

  • T° : 13-15°
  • Humidité : 62%
  • Vent : Nord 18,5 km/h Nord
  • Seul dans le vent pendant 90% de l’ascension.

Condition Seixas 2026

  • T° : 8-9°
  • Humidité : 78%
  • Vent : Sud 11,5 km/h
  • Seul dans le vent pendant 82% de l’ascension

Le vent reste l’hypothèse la plus plausible pour expliquer que Paul Seixas ait pu réaliser le même temps. En effet, à ce niveau de performance, une variation des conditions aérodynamiques suffit à modifier sensiblement le temps final à puissance comparable.

Car, en l’état, il est peu probable que Seixas dispose d’une puissance équivalente à celle de Pogacar. Et même en intégrant une progression réelle, il paraît difficile d’imaginer qu’il ait comblé en quelques mois un déficit de l’ordre de 20 à 30 watts.

Calcul des puissances en tenant compte du vent ? Est ce possible ?

Comme il est difficile de reconstituer avec précision l’ensemble des conditions (vent, dynamique de course, positionnement) pour comparer directement les deux ascensions, je vais plutôt m’appuyer sur une analyse descriptive des meilleures performances enregistrées sur trois saisons : 2024, 2025 et 2026. L’objectif est de comparer non seulement les records, mais aussi des indicateurs plus robustes comme la médiane, ou encore la moyenne des 12 meilleurs temps, afin d’évaluer le niveau global de performance chaque année.

Pour cela, nous avons extrait les meilleurs chronos réalisés sur le segment Strava concerné. Ils sont synthétisés et comparés dans les graphiques ci-dessous.

Il apparaît très clairement qu’en 2026, on observe beaucoup plus de coureurs sous les 18’10’’ (20 coureurs) qu’en 2025 (8 coureurs). Ils n’étaient que 2 en 2024. La moyenne du top 12 est de 17’29’’ en 2026 contre 17’54’’ en 2025, soit un écart de 25 secondes.

Pour 2024, la moyenne du top 12 est de 18’19’’, mais il manque certains temps majeurs (par exemple celui du vainqueur Ayuso), et la course était peut-être moins dense en termes de niveau global.

Sans prendre de risque, on peut donc conclure que le peloton 2026 est monté nettement plus vite qu’en 2025. Cette différence s’explique vraisemblablement par des conditions météorologiques plus favorables, en particulier un vent plus avantageux, ce qui aide à comprendre pourquoi Paul Seixas a pu égaler le temps de référence de Tadej Pogacar.

Le calcul des puissances VS Strava

Nous avons comparé l’ensemble des puissances disponibles et publiées sur Strava à nos estimations issues du modèle. L’exercice reste toutefois délicat, car la masse exacte des coureurs n’est généralement pas connue, ce qui introduit une incertitude non négligeable.

Dans ces conditions, l’incertitude sur la puissance est de l’ordre d’une dizaine de watts. À l’inverse, lorsque nous standardisons la masse à 70 kg, l’incertitude se réduit nettement et se situe plutôt autour de 5 watts.

Le bilan de ces vérifications montre que j’ai probablement sous-estimé les puissances d’environ 7 à 9 watts. La cause principale tient au paramètre le plus incertain : la masse des coureurs, que je ne connais pas avec suffisamment de précision. Si le poids avait été standardisé, cette erreur aurait été en grande partie atténuée.

Verdict : Pogacar VS Seixas

D’après nos calculs, Tadej Pogacar aurait développé en 2025 une puissance d’environ 490 ± 5 Watts étalon 70. Pour Paul Seixas, au vu des éléments discutés, il a vraisemblablement bénéficié d’un gain d’environ une vingtaine de secondes lié aux conditions de course et à l’environnement, ce qui situe son effort autour de 475 ± 5 W. L’écart reste donc significatif, tout en confirmant que la performance demeure remarquable.

Est ce crédible ?

Lorsqu’il était cadet, à 16 ans, Paul Seixas avait produit près de 6,5 W/kg sur un contre-la-montre de 25 minutes (source personnelle). Ici, l’estimation atteint 6,8 W/kg sur 16 minutes. En termes de progression, l’évolution reste donc cohérente et compatible avec ce que l’on observe classiquement chez un athlète en maturation.

Cela dit, j’ai du mal à imaginer une marge de progression très importante, au moins sur la puissance relative. Seixas a déjà fortement progressé lors de sa première année chez les professionnels, en parallèle d’une prise de masse rapportée (environ 60 → 64–65 kg). Ce type d’évolution est fréquent en fin d’adolescence et s’accompagne d’une maturation de la masse musculaire, qui tend ensuite à se stabiliser à l’âge adulte. Il est plausible qu’une part notable de la hausse de puissance « brute » provienne de cette évolution morphologique. En cadet, il pouvait produire 6,5 W/kg sur 25 minutes, mais avec une masse très faible (autour de 55 kg), ce qui le rendait plus vulnérable en contre-la-montre et parfois même en course, malgré d’excellents rapports W/kg. En effet, les « watts par kg » ne sont pas comparables selon que l’on est un petit gabarit ou un colosse. A puissance égale en watt/kg le colosse sera avantagé, même en montagne.

Quoi qu’il en soit, si l’on s’en tient à cette seule performance, on est en présence d’un niveau clairement très supérieur à la moyenne, qui justifie de s’interroger sur la reproductibilité de telles valeurs. Il reste difficile de conclure à partir d’un effort de 16 minutes à altitude modérée (~400 m) et sous une température favorable. L’étape suivante est d’observer ce que cela donne sur une ascension se terminant vers 1800–2000 m, avec chaleur et contraintes physiologiques plus marquées, pour évaluer la capacité à soutenir ce niveau face aux références actuelles les plus dominantes. À ce stade, je reste prudent : la confirmation sur d’autres contextes de course sera déterminante. Même si jepense qu’en l’absence des « mutants » que sont Pogacar et Vingegaard Paul Seixas à toute les qualités pour remporter un grand tour. Il est sans contestation plus fort qu’un Thibaut Pinot ou un Romain Bardet, qui avec Jean Christophe Perraud sont les derniers Français sur le podium du Tour.

Le Val d’enfer comme juge de paix.

Lorsque Pogacar s’était isolé à 75 km de l’arrivée il a du faire 4 boucles passant par la cote du Val d’enfer. Paul Seixas n’a du faire que 2 ascensions. Comparons les temps.

Pogacar dans le Val d’enfer :

  • premier passage : 4’18 »
  • second passage : 4’32 »
  • troisième passage : 4’37 »

Seixas dans le Val d’enfer

  • premier passage : 4’32 »
  • second passage : 4’40 »

De toute évidence, Pogacar montait plus vite dans le Val d’Enfer. Un écart de 14 secondes sur la première portion, juste après la descente de Saint-Romain-de-Lerps, est loin d’être anodin sur un effort aussi court. À ce stade, cela renforce l’idée que sa performance reste d’un niveau supérieur.

Je ne m’attends pas à voir Paul Seixas suivre Pogacar lorsque ce dernier est au sommet de sa forme, par exemple sur les Strade Bianche. En revanche, l’hypothèse d’une deuxième place, dans un scénario de course favorable, me paraît compatible avec son niveau actuel.

La transparence des watts sera nécessaire !

Un coureur talentueux n’a pas le choix. S’il veut recevoir la crédibilité du public et des spécialistes, il doit partager des informations relatives à sa puissance et son VO2max. Le manque de transparence et le refus de publier des données seront toujours interprétés en défaveur du cycliste. Je regrette que, contrairement à Kevin Vauquelin par exemple, Paul Seixas ne partage pas ses puissances sur Strava.

Paul sait surement qu’il n’a pas développer beaucoup plus de watts qu’en octobre dernier et que Pogacar est capable de faire mieux (en référence ses propos à l’issue de la course : « Pogacar il fait ce genre de numéro quant il y a tous le monde » )

Rassurez-vous, nous pourrons tout de même reconstruire petit à petit son profil de puissance record, mais cela prendra du temps. Pour l’instant, nos calculs indiquent qu’il est capable de soutenir en watts étalon 70 kg au moins 535 ± 10 watts (7,7 à 7,8 watt/kg) pendant 4 minutes et 475 ± 7 watts (6,7 à 6,9 W/kg) pendant 16 minutes. Pour disposer d’une telle puissance, il faut à notre connaissance un VO2max qui dépasse 90 ml/min/kg, bref, ce qu’il se fait de mieux en cyclisme. Plus haut, c’est le soleil ! C’est pour cela que je ne vois pas Paul capable de progresser encore en puissance relative. Il peut en revanche progresser en endurance, récupération, expérience, SCx, connaissance de soi… autant de paramètre susceptible de le mettre en orbite tout la haut.


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